TECHNIQUES D’ENQUÊTES – ANALYSE COMPORTEMENTALE

Comment un bon enquêteur analyse-t-il les gens qu’il rencontre au cours de ses enquêtes, lui permettant ainsi de tirer des conclusions après les avoir observé ?

Pour ceux qui ne connaissent pas le cold reading, il s’agit d’une technique d’analyse sociale. On observe quelqu’un (ses vêtements, sa façon d’être, sa coiffure, ses chaussures, sa gestuelle aussi) pour déterminer son profil social et psychologique, son métier, ses centres d’intérêts, son âge, parfois ses pensées sinon ses mensonges.

Echange de mails entre Stéphane FOIREST (Détective Privé) et Philippe KAIZEN (ingénieur en recherche et développement – ancien officier de gendarmerie) ; tous deux partagent leur expérience du terrain et de leurs recherches notamment sur la détection du mensonge ou plus exactement la dissimulation d’informations.

Le 3 octobre 2013 – Stéphane FOIREST a écrit à Philippe Kaizen :

Bonjour Philippe,

Tout simplement génial ! Toutes mes félicitations.

J’ai lu avec grand intérêt votre blog durant cet été et ne tarderai pas à me procurer votre livre.

J’ai souri à maintes reprises en lisant vos articles parce qu’ils m’ont rappelé bien des anecdotes vécues au cours de mes 30 dernières années.

Je suis Détective, Agent de recherches Privées plus exactement.

Comme vous pouvez vous en douter, au cours de ma carrière professionnelle, je fus confronté à maintes reprises à toutes sortes d’individus, hommes, femmes, ados, PDG, cadres, étudiants, etc..

Nombre d’entre eux m’ont mentis lorsque je les interrogeais et je le savais, ou tout du moins…le détectais.

Qu’ils soient enquêteurs privés, officiers de police ou de gendarmerie, avocats, magistrats et bien sûr les justiciables, beaucoup de mes interlocuteurs professionnels savent très bien mentir ; l’expression « il ment comme il respire » prend tout son sens…

Il y a même des milieux, pour ne pas dire des secteurs d’activité, où le mensonge est une forme de sociabilité ; c’est un réflex, une habitude.

Moi-même, il m’arrive de mentir, mais toujours à bon escient. Disons plutôt que je cache la vérité, je ne dis pas tout bien sûr, ou bien je déforme la vérité pour protéger ceux qui la cherche ; toute vérité n’est pas bonne à dire parfois. Tout dépend du contexte dans lequel on se trouve.

Je vous raconte cela parce que j’ai un petit problème :

Lorsque je quitte mon travail et me retrouve en famille ou bien auprès de mes amis, l’automatisme de détection du mensonge ne me quitte pas ; je n’y peux rien. Je considère ça comme une déformation professionnelle plutôt qu’un vilain défaut. Un policier posera toujours un tas de questions à son entourage, tout comme un professeur d’école ou d’université ne s’empêchera pas de vulgariser son discours pour transmettre son savoir à des gens qu’ils considèrent comme des béotiens…si si,…j’en ai vu.

 Bref, je sais quand une personne n’est pas sincère avec moi ou bien en adéquation avec ce qu’elle pense vraiment.

Non, il n’y a que la voix du menteur au téléphone que je n’arrive pas à distinguer à celle de celui qui est sincère, qui a un réel besoin d’aide :

La dernière fois qu’une femme m’a demandé de passer chez elle pour effectuer un « dépoussiérage » de son appartement, c’est-à-dire rechercher des appareils d’écoutes clandestines (micros et caméras espions), je me suis retrouvé avec une paranoïaque qui prenait des chevilles enfoncées dans ses murs pour des micros et quelques clous pour leurs antennes !!!

Vous comprendrez sans nul doute également mon étonnement lorsque je suis arrivé au 5ème étage de l’immeuble parisien où elle occupait une chambre de bonne, alors qu’elle prétendait au téléphone occupé un deux pièces. J’ai supposé alors qu’elle prenait sa cabine de douche comme une pièce secondaire. Non seulement je m’étais déplacé pour rien, mais cette femme n’a pas daigné me régler mes honoraires sinon mon déplacement.

Il y a quelques mois, alors que je conversais au téléphone avec un nouveau client qui me demandait de rechercher sa compagne disparue avec leur petite fille de 3 ans, je me suis surpris d’avoir détecté dans la voix de cet homme, un manque de sincérité. Alors qu’il me racontait qu’il était parti en voyage à l’Etranger durant 6 mois avant de les retrouver, j’ai compris qu’il avait passé 6 mois de préventive au trou pour violences conjugales… Je ne sais pas comment j’ai fait, mais au moment où il me racontait son retour de voyage au domicile, je lui disais :

« Vous savez, … il arrive souvent que des femmes après une période d’absence de leur conjoint, comprennent qu’il leur est désormais inconcevable de revivre avec lui, qu’elles ne veulent pas revivre certaines situations qu’elles regrettent alors ; que cette absence était nécessaire à leur réflexion ! »

Le client de me rétorqué : « …bon, écoutez,…je ne vous ai pas tout dis. En fait, je ne suis pas parti en voyage, j’étais en prison durant 6 mois pour l’avoir brutalisé… ».

Y aurait-il un truc, une astuce pour détecter ce genre d’affabulation et éviter de telle mésaventure ? Comme vous l’expliquez sur votre blog, au téléphone le son de la voix et la respiration d’un menteur sont essentielles à la détection du mensonge.  Je pense que c’est possible lorsque l’on connaît les habitudes d’une personne, son timbre de voix, ses réactions à certaines situations. Mais qu’en est-il des personnes qui vous appellent pour la toute première fois ?

Je vous remercie du conseil que vous voudrez bien me donner et c’est en toute amitié que je vous invite à visiter mon blog sur le lien suivant : http://stephanepidetect.canalblog.com/

Cordialement,

Stéphane FOIREST

Réponse de Philippe KAIZEN :

Message du 06/10/13
> De : “Philippe Kaizen”
> A : “Stéphane FOIREST”
> Copie à :
> Objet : Re: bravo et merci !

Bonjour Stéphane,

Merci beaucoup pour vos compliments, permettez-moi de vous féliciter à mon tour, vous faites un beau métier.

J’allais vous demander ce qui a fait que vous vous êtes orienté vers le privé plutôt que vers des structures telles que la Police ou la Gendarmerie. 

Mais en parcourant votre blog, je me rends compte que vous travaillez sur des domaines très variés et surtout vous allez jusqu’au bout de l’investigation. Beaucoup beaucoup moins cloisonné que la Gendarmerie où par exemple vous ne vous occupez que d’une partie d’un dossier, pour le confier ensuite à un autre service et vous n’avez ensuite même pas idée du résultat final. Pas de hiérarchie non plus dont l’inertie est parfois impressionnante.

Cela fait 13 ans maintenant que j’ai quitté la Gendarmerie, peut-être que les choses ont évolué depuis.

Concernant la voix, c’est vrai que c’est un exercice difficile lorsque c’est une personne que l’on ne connait pas. De plus on est en temps réel donc il ne faut pas être influencé par les éléments extérieurs du moment, par l’histoire racontée par votre interlocuteur (à forte charge émotionnelle parfois), et par soi-même.

Face à une personne “normale” on peut essayer de compter sur les paramètres dont je parle dans l’article, comme le stresse dans la voix, sa respiration etc… et aussi le contexte.

Mais face à une personne habituée à mentir, qui a la tchatche c’est plus difficile. Il ne reste plus que le contexte et les éventuels entretiens futur avec cette personne (de visu).

Je pense que le cerveau est une machine vraiment très rapide et qui est capable de vous fournir sous forme d’intuition des réponses…du moment qu’il a les informations. Donc effectivement il est très facile de savoir quand une personne que l’on connait n’est pas dans le même état d’esprit que d’habitude. Ce qui fait en général rager ma conjointe lorsque dès la première syllabe j’ai compris que cela n’allait pas comme d’habitude. Même en fait avant qu’elle parle il y a une différence de temps dans la prise de parole. Je ne m’en lasserai jamais…

Pour faire face à une personne que l’on ne connait pas, je pense qu’il est possible d’entraîner son cerveau dans l’analyse du contexte. Je pense que vous le faites, car dans l’exemple de l’homme qui a fait de la prison vous avez été surpris de vous rendre compte de quelque chose. Je pense que votre cerveau a comparé la phrase de ce monsieur avec toutes celles que vous avez entendu dans votre carrière et vous a donné un résultat que l’on qualifie d’intuition. Peut-être est-ce au moment du “6 mois à l’étranger”.

Votre cerveau possède une base de données de toutes les interactions que vous avez eu dans votre carrière et est capable d’analyser en temps réel une situation.

C’est une profonde conviction étayée par les mêmes types de résultats au poker ou aux échecs. Donc ça va je ne pense pas que je suis en train de devenir fou.

C’est dans ce type de recherche sur lesquels je me focalise aujourd’hui.

Donc pour analyser la voix d’une personne que l’on ne connait pas, dont on n’attend pas l’appel, je pense que vous vous y prenez très bien ! Analyse du stress, de la respiration, du contexte et “intuition”.

Reste après la clairvoyance.

Pour mon livre, si c’est celui de la détection des mensonges, a part être plus complet que mes articles je l’avais écrit alors qu’il n’y avait pas la moitié des articles que j’ai écrit. Donc le blog est plus complet en fait ce n’est pas la peine.

Pour le second, je parle plus de manipulation et il doit m’en rester un ou deux dans des cartons (je viens de déménager), je me ferai un plaisir de vous l’offrir si vous le voulez bien.

Par contre ce ne sera pas avant une semaine ou deux.

Il me semble que j’ai aperçu votre adresse sur le blog, mais si vous voulez bien me la donner.

Je vous souhaite une bonne fin de weekend.

Cordialement,

Philippe